H3. La décolonisation et la construction de nouveaux États : Inde, Algérie

Les questions du programme:

On montre, à travers l’Inde et l’Algérie, les luttes coloniales et les processus de décolonisation. On présente leurs conséquences politiques, économiques et humaines sur la construction des deux nouveaux États.

Le cours

Un contexte favorable :

Les puissances coloniales comme la France ou le Royaume-Uni sortent affaiblies de la Seconde Guerre mondiale et sont confrontées aux revendications d'indépendance des peuples colonisés. Leur prestige est également ébranlé. Dans le même temps, les États-Unis et l'Union soviétique, avec le soutien de l'ONU, dénoncent le colonialisme.

La décolonisation se fait par la négociation ou la guerre.


I - L'indépendance pacifique de l'Inde:

Depuis 1858, l'Inde est sous administration britannique, dès 1885, le parti du Congrès national indien, qui regroupe une élite indienne occidentalisée, réclame l'autonomie de l'Inde. Le nationalisme indien s’est fortement développé dans l’entre-deux-guerres, sous la direction du parti du Congrès animé par Gandhi et Nehru. Dès 1929, le parti du Congrès se prononce en faveur d’une indépendance totale du pays et charge Gandhi d’organiser la résistance au colonisateur britannique. La forme de résistance choisie par Gandhi est la non-violence et la désobéissance civile (boycott des produits anglais, marche du sel). Les luttes nationalistes se poursuivent durant la Seconde Guerre mondiale, malgré la répression et l’arrestation des principaux dirigeants du parti du Congrès.

● Dès 1946, des négociations s’engagent entre les autorités britanniques et les deux grands partis nationalistes indiens. Le Congrès, à majorité hindoue, s’oppose à la Ligue musulmane, qui réclame la création de deux États séparés. Malgré le combat de Gandhi, les tensions augmentent entre musulmans et hindous et culminent au moment des indépendances en août 1947.

● La décolonisation du sous-continent indien s’est faite par la négociation avec les autorités britanniques, mais l’indépendance débouche néanmoins sur la partition du territoire en deux États (l’Union indienne et le Pakistan), un exode massif de population et de terribles actes de violence entre les deux communautés. Défavorable à cette partition du pays, Gandhi est assassiné le 30 janvier 1948 par un fanatique hindou qui lui reproche sa tolérance.

Carte de la partition de l'Inde lors de l'indépendance→

II - L'indépendance violente de l'Algérie

L'Algérie est conquise en 1830, Messali Hadj crée en 1926 l'association l'Étoile nord africaine, puis fonde en 1937 le Parti du peuple algérien, le premier parti indépendantiste. Le mouvement national algérien du 8 mai 1945 est réprimé brutalement par la France (massacres de Sétif et de Guelma).


L’accès à l’indépendance algérienne passe par une guerre de huit ans. Elle oppose les nationalistes du Front de libération nationale (FLN) aux forces armées françaises. Le FLN n’envisage qu’une seule issue : l’indépendance. De son côté, le gouvernement français la refuse en affirmant que « l’Algérie, c’est la France » et justifie sa position par l’ancienneté de la conquête (1830) et l’existence d’une importante minorité d’origine européenne.

● La « Toussaint 1954 » marque le début du conflit. La réponse du gouvernement français conduit à l’engrenage : aux actes de guérilla et d’attentats urbains, répondent le contrôle du territoire par l’armée, la répression accrue et l’utilisation de la torture. La persistance du conflit conduit en France à la chute de la IV e République et à l’avènement de la Ve République , sous la présidence du général de Gaulle. Celui-ci propose en septembre 1959 un processus d’autodétermination, mais l’assortit de contraintes : le FLN refuse. L’OAS (Organisation de l’armée secrète), mouvement clandestin et terroriste qui refuse l’indépendance de l’Algérie, retarde encore le processus en multipliant les attentats.

● Les accords d’Évian sont signés le 19 mars 1962 et la France reconnaît l’indépendance de l’Algérie le 3 juillet 1962. La Constitution de l’Algérie de 1963 met en place une république démocratique et populaire dont l’islam est religion d’État.


III - Des lendemains difficiles

La partition de l'Inde en deux États déclenche le déplacement de 14 millions de personnes et la guerre civile. Les affrontements entre hindous et musulmans font 200 000 morts en 1947-1948.


L'Inde est une démocratie libérale. Elle met en place, dès 1950, le pluralisme politique et devient ainsi la plus grande démocratie du monde. Après un compromis entre capitalisme et socialisme, l'autosuffisance alimentaire est réalisée. Les réformes libérales des années 1990 facilitent l'émergence d'une classe moyenne à fort pouvoir d'achat. Mais les inégalités entre les hommes et les régions sont importantes. Disposant d'industries de haute technologie et de l'arme atomique, l'Inde qui dépasse le milliard d'habitants revendique un plus grand rôle sur la scène internationale.


En Algérie, l'indépendance s'accompagne de violences meurtrières entre les extrémistes partisans de l'Algérie française et le FLN. La situation des Français d'Algérie, les pieds-noirs, devient tragique. Près d'un million d'entre eux quittent l'Algérie pour la France, ainsi que 60 000 harkis, soldats musulmans de l'armée française, victimes de représailles.


L'Algérie a choisi la voie du régime autoritaire, appuyé sur l'armée. La République algérienne «démocratique et populaire» a joué un rôle de « phare du tiers-monde» dans les années 1960-1970. Dominée par un parti unique, le FLN, elle fait le choix du multipartisme en 1989. Malgré d'importantes ressources pétrolières et gazières, contrôlées par l'État, les besoins de la population ne sont pas couverts. La crise favorise, à la fin des années 1980, le développement d'un mouvement islamiste qui s'exprime par la violence. En 1989, l'Algérie adopte une nouvelle constitution, abandonne le socialisme et introduit le multipartisme. La même année se crée le Front islamique du salut (FIS).

Cette situation provoque dans les années 1990, une terrible guerre civile qui dure treize ans et provoque 150 000 morts.


IV - La naissance du 1/3 monde

Les années 1950 voient la naissance du tiers-monde. En 1955, l'Inde et l'Algérie participent à la conférence de Bandoung (Indonésie) où 29 pays condamnent le colonialisme et affirment leur volonté d'indépendance. En, 1961, à Belgrade, 25 pays refusent de s'aligner sur le bloc soviétique ou sur le bloc occidental. Ainsi s'affirme le tiers-monde. Des sommets, comme celui d'Alger en 1973, réaffirment périodiquement ce principe de non-alignement. Mais celui-ci est une illusion. L'indépendance politique est impossible sans l'indépendance économique. La crise pétrolière des années 1970 met en évidence l'hétérogénéité du tiers-monde et provoque son éclatement.

Les situations:

Gandhi et la non-violence

• Gandhi (1869-1948), surnommé «Mahatma », la « Grande Ame », a tout au long de sa vie, mis en pratique ses théories sur la non-violence. Il a joué un rôle déterminant dans l'indépendance de l'Inde.

Un leader exceptionnel

Gandhi est un hindou, né dans la caste des Vayshia (les marchands). Après des études de droit à Londres, il s'installe en Afrique du Sud et défend les Indiens immigrés contre les discriminations raciales. En 1914, il rentre en Inde et s'engage dans la lutte pour l'indépendance notamment avec le mouvement de la marche du sel. Critique aussi à l'égard du modèle de développement occidental, il s'habille à l'indienne, fabrique lui-même ses vêtements et devient végétarien.

L'action par la non-violence

Gandhi choisit un mode d'action à la fois moral et politique. Sa non-violence est basée sur l'idée de l'ahimsa (le refus du recours à la violence) et la pratique de la désobéissance civile. Dès les années 1930, une grande partie de l'opinion le soutient. Son action, ajoutée au contexte favorable de l'après-guerre, aboutit à l'indépendance de l'Inde en 1947.

Il n'évite pas toutefois la partition de l'Inde entre le Pakistan musulman et la République indienne majoritairement hindouiste. Gandhi est assassiné en 1948 par un fanatique hindou.

Un mythe mondial

Gandhi est reconnu comme le «Père de la nation indienne». Le jour de sa naissance (le 2 octobre) est un jour de fête nationale en Inde. Ce jour-là aussi, l'ONU célèbre la journée internationale de la non-violence.

Le Mahatma a également été un exemple pour d'autres leaders. La revendication par la non-violence a notamment servi de modèle aux États-Unis pour le Mouvement des droits civiques de Martin Luther King ou encore à Nelson Mandela en Afrique du Sud.



La Toussaint Rouge

Perpétrés par quelques centaines d'hommes du Front de libération nationale (FLN), mouvement nationaliste et indépendantiste, ils marquent le début de ce qui va devenir la guerre d'Algérie.

L'Algérie en 1954

La population algérienne, majoritairement rurale et peu scolarisée, manque de terres et occupe, en général, des emplois subalternes. À l'Assemblée algérienne, les 8,4 millions d'Algériens, Arabes et Berbères sont représentés par le même nombre de députés (60) que les Français (les Pieds-noirs) au nombre de 984 000.

Des mouvements anticolonialistes existent, notamment depuis le lendemain de la Première Guerre mondiale, mais ces mouvements sont divisés. Certains réclament l'indépendance, d'autres l'autonomie. Ils sont réformistes ou révolutionnaires.

La «Toussaint rouge»

Le 1er novembre 1954, le jour de la Toussaint dans le calendrier catholique, entre 1 heure et 3 heures du matin, 70 attentats sur une trentaine de points du territoire algérien font 8 victimes. Ces attentats sont organisés par le FLN, créé le 10 octobre 1954, avec parmi ses fondateurs, Ben Bella. Ils ont touché en particulier des régions où le Mouvement national algérien (MNA), mouvement indépendantiste également mais adversaire du FLN, était majoritaire.

Les conséquences de la « Toussaint rouge »

Le FLN fait donc le choix de la lutte armée et annonce ses objectifs dans sa proclamation du 1er novembre : l'indépendance dans le cadre des principes islamiques et dans le respect des libertés fondamentales. Il appelle le peuple algérien à s'associer à la «lutte nationale pour la liquidation du système colonial». Le FLN envisage la «réalisation de l'unité nord-africaine dans son cadre naturel arabo-musulman». Il en appelle aussi au soutien international, en particulier à celui des Nations unies.

En métropole, le gouvernement de Pierre Mendès-France refuse l'indépendance. On n'évoque que la « volonté criminelle de quelques hommes». Le gouvernement proclame l'état d'urgence et envoie en Algérie des CRS et des parachutistes. Les effectifs militaires passent de 56 000 à 83 000 hommes. Certaines réformes sont cependant envisagées mais, en 1956, la France envoie le contingent dans ce qui est devenu la guerre d'Algérie.

LE B.A. BA:

Dates importantes:

  • 1947 : Indépendance Inde
  • 1954 : Toussaint Rouge (Algérie).
  • 1962 : Indépendance de l'Algérie (accords d'Évian) ;

Notions Importantes:

  • Décolonisation : processus qui conduit à l'indépendance d'un pays, c'est-à-dire devenir un pays souverain sans être dominé par un pays colonisateur.
  • Tiers-Monde : Désigne l'ensemble des pays en développement.
  • Désobéissance civile : acte de désobéissance à une loi sans faire usage de la violence.
  • Non-alignement : mouvement fondé en 1961 qui s'oppose au choix entre Ouest et Est.
  • Néocolonialisme : contrôle des nations par des moyens indirects (économiques, culturels...)

Acteurs / Hommes / Personnes connues:

  • Gandhi : avocat non-violent
  • FLN : Front de Libération Nationale : principal acteur de l'indépendance de l'Algérie.
  • OAS : Organisation de l'Armée Secrète : Français opposés à l’indépendance de l'Algérie.
  • Harkis : Musulmans engagés dans l'armée française.
  • Pieds-noirs : français vivants en Algérie, rapatriés en 1962.


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